mardi 9 décembre 2014

Rencontre de deux univers

Ce week-end avait lieu une rencontre entre deux poids lourds du thé français : Olivier Schneider de puerh.fr et David Louveau céramiste du thé (mais pas que) à la Borne. J'en ai profité pour faire un petit tour a Paris voir Yasukakegawa, qui m'a donné une petite info sympathique, et direction la Borne. J'aimerais revenir sur ce stage qui m'a beaucoup appris. 

Un instrument coréen dans le restaurant le "Mandoobar" a Paris.
L'idée de ce stage était déjà la rencontre IRL de ces deux personnages qui se connaissent et échangent depuis plusieurs années. Pour preuve, David n'hésite pas à envoyer des pièces dans le Yunnan pour avoir l'avis d'Olivier. En les rencontrant, j'ai vu deux personnages atypiques et pourtant très complices. Deux hommes liés par une passion commune.
Une passion commune qui n'est pas vue ni vécue de la même manière. L'un est concentré sur la confection des objets d'infusion, l'autre chasse la feuille et la galette. 

C'est ce que nous explique Olivier devant un thé matinal. David qui a la main dans la terre qu'il va chercher lui-même, la bichonner jusqu'a lui donner la forme de la théière, puis la cuire avec attention, ne regardera jamais la théière de la même façon que nous. 
Alors nous, amateurs, qui passons nombres d'heures devant ces petites merveilles, pourquoi ne pas aller voir l'envers du décor, les coulisses depuis l'arbre et la chasse a la feuille, jusqu'a la confection des objets du thé. C'est une invitation à entrer dans leur monde. Prêt pour un voyage jusque dans les montagnes embrumées du Yunnan et une descente dans les profondeurs magmatiques de la terre des potiers. Bien sûr ! 

Le thé matinal qui fait du bien. 
La matinée fut dédiée à Olivier. Nous avons regardé un bout de ce qui constituera plus tard son film documentaire sur le puerh. On approche les jardins de thé, on voit les techniques de récolte.
On suit des familles, des visions. C'est beaucoup, beaucoup de boulot. Du moins, la qualité exige énormément de travail. Ce n’est pas un secret, mais c'est toujours bon de se rappeler que l'on achète pas qu'un produit de consommation. On achète l'achèvement d'un travail acharné dirigé avant tout par une passion du beau et du bon. C'est de là que se crée le noble. C'est la sensation que j'ai en buvant les thés d'Olivier. 
On boit des thés, et Olivier nous fournit plus de détail et d'anecdote sur ce qu'est son travail au quotidien, ainsi que celui des gens avec qui il travaille. 
Il faut dire que pour moi c'est tout nouveau. J'ai commencé à boire le thé il y a quelques mois, presque un an, mais j'ai commencé par le Oolong. Ça m'a permis d'avoir une base technique, une logique pour me poser des questions et avancer. 
Mais le puerh, j'en ai bu quelques-uns, ceux que j'ai reçus avec l'OSV. Pas plus. Je n’ai rien lu sur le sujet, parce que je voulais avoir l'esprit libre pour attaquer cette nouvelle catégorie de thé. 
Et bien pour une première approche du puerh, je ne pouvais pas rêver mieux ! 
J'ai l'histoire, les polémiques, les petits ragots perso. Et il nous fait goutter un peu de tout. Autant du très jeune sheng, que du plus vieux (années 80), que du stockage hongkongais des années 90. Des palettes intéressantes d'aromes. Des émotions aussi, beaucoup. 
Qui a dit qu'on ne boirait que du thé ?


Puis viens le moment de suivre David, après un bon repas cela va sans dire. 
Tout de suite on rentre dans un autre monde. Comme-ci David nous emmener dans le coeur de la terre. Il nous parle des différentes roches, de leurs intérêts, des façons d'extraire ces terres.
Très vite sa passion laisse place à l'expérience et la pratique. Il nous montre son four et nous conte son histoire. Il nous montre son atelier et met les mains à la patte. Devant nous c'est une théière, un chawan et une jarre qui seront assemblés.
Ce qui me touche le plus c'est le rapport qu'un potier a avec l'impermanence. Les pièces qu'il tourne peuvent être détruites à tout moment au moment du tournage, du tournassage ou de la cuisson. Il nous a même avoué avoir perdu des fours entiers de pièces au moment de l'ouverture.
David a même su en jouer avec nous en cassant une bouilloire devant nous pour nous montrer quel défaut elle avait.

Arrive le dimanche. D'emblée on sait qu'on va boire beaucoup. C'est une journée de tests divers et variés. Mais d'abord, il faut du matériel ! Alors à la chasse à la tasse sauvage. 
Nous voilà déambulant dans une allée bordée de pièces diverses. De tout âge, formes et couleurs, nous voilà choisissant avec soin la tasse qui nous accompagnera tout au long de la journée, et plus encore puisqu'elle nous fut gracieusement offerte ! Merci encore, David, pour ta générosité.
Retour bien au chaud avec nous merveilles. Nous voilà totalement hors du temps et du monde, rentrant doucement dans l'univers croisé de ces passionnés. Les thés s'enchainent, ainsi que les comparaisons. 


Le premier test porte sur les tasses.  Ça devient vite compliqué parceque'il y en a de toutes formes et de toutes matières. Le résultat le plus flagrant est ... que ça change beaucoup de chose. Ce que j'en retiens c'est notamment la forme de la tasse qui va induire un mouvement du poignet et de la tête ou non. Certaines tasses sont conçues pour que l'on puisse boire son intégralité sans avoir à basculer la tête en arrière, et ce faisant amènera donc la liqueur juste derrière les dents, au bout de la langue. 
Les autres par contre auront tendance à vite faire basculer la tête pour amener la liqueur vers le fond de la bouche à la base de la langue. L'effet gustatif est ainsi beaucoup chamboulé. 

Le second test porte sur les théières. En jeu : une yixing des années 80, la "doyenne", la première théière prototype de David de la série en cours, et une théière provenant de la dernière cuisson. On utilisera un gaiwan également pour vraiment tester la théière issue de la dernière cuisson. 
La conclusion porte sur deux points : 
Tout d'abord on conclut en faisant un test à l'aveugle que l'appréciation passe par le visuel. C'est assez logique puisque les cinq sens sont totalement interconnectés. Je pense notamment à la salivation qui est enclenchée par des odeurs et à la vue d'un plat. On avait pu le constater pendant les tests des tasses, puisqu'il en était aussi ressorti que la texture de la tasse sur les lèvres pouvait jouer dans notre appréciation. 
La mythique dernière cuisson de David VS. une yixing des années 80. Fight. 
Le deuxième point c'est bien évidemment la théière de David. Je ne vais pas tout révéler, je laisse le soin à ceux qui le souhaitent de contacter David pour avoir plus d'information. 
En tant que potier et amateur de thé, il a eu une réflexion très intelligente sur le statut et la composition des théières. À force d'expérimentation, d'erreurs et d'une dose de hasard, il a inventé une technique inédite. C'est sa dernière cuisson. Et Olivier résume bien en disant "Là, il a mis le doigt sur quelque chose".  Il peut dire ça vu que dans les tests sa théière s'en sort haut la main contre un zhong en infusant un jeune sheng. La rétro-olfaction est très bonne, elles gouts sont développés. Y'a une légère différence, mais je ne peux a mon niveau pas dire que l'une est meilleure que l'autre. C'est différent. 
J'avais peur que ce soit finalement qu'une théière émaillée, mais David m'a bien dit qu'elle était très poreuse. Sa technique est vraiment bonne, sa passion aussi. Et je me le rappelle à présent tous les jours en touchant la théière que j'ai ramenée de ce séjour. C'est vraiment une pièce vivante. 

David aux commandes. 
Voilà pour mes impressions de ce stage. Au final j'ai appris énormément en ayant un mince échantillon de ce qui se boit dans le monde du puerh. J'aurais mis beaucoup plus longtemps a goutter autant de bonnes choses. Maintenant je sais que j'aime ce type de thé, et je vais me renseigner et faire chauffer ma théière D.L. avec. 
Olivier m'a beaucoup éclairé sur les procédés qui sont en jeu, les méthodes de stockages et le monde plus philosophique. 
Ce qui m'a clairement sauté aux yeux aussi, c'est à quel point le thé est un vecteur d'unité formidable. Partager un thé et bavarder, même à dix autour d'une table, est juste un formidable moment. Merci à toutes les personnes présentes, a David, Corrine et Olivier pour l'accueil, la gentillesse et ce moment de partage unique.


2 commentaires:

  1. Chouette CR en images ! Quel riche week-end !
    à un de ces jours,
    Sébastien

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  2. Bravo pour ce joli retour... qui fait encore plus regretter de n'avoir pu aller là-bas !
    Ton chemin de thé commence drôlement fort. ;)
    Bonne route,
    Ségolène
    PS : Au fait, quelle est cette info de Yasu ? Est-ce à propos de ce futur site de vente qu'il nous promet depuis quelques temps ?

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